« Les nouveaux voisins » de Catherine McKenzie : l’envers du quartier résidentiel parfait et des réseaux sociaux

Les nouveaux voisins est le septième roman de Catherine McKenzie, une avocate de Montréal qui s’est révélée en tant qu’auteure dès la parution d’Ivresse, son premier ouvrage. Depuis, tous ses livres ont été des best-sellers instantanés aux États-Unis et au Canada, une règle à laquelle Les nouveaux voisins ne déroge pas en dépit d’une réception mitigée.

Que savons-nous vraiment de nos voisins et des gens qui nous entourent ? À cette question qui nous fait forcément penser à Desperate Housewives, Catherine McKenzie répond par un roman qui nous tient en haleine du début à la fin grâce à une double narration qui fonctionne sur deux temporalités.

La double structure m’attirait beaucoup, commente l’auteure. J’avais une idée de deux horloges dans ma tête : une horloge d’une journée de 12 heures et une autre d’une année. J’aime aussi qu’il y ait deux personnages qui racontent l’histoire d’une même personne. John, le personnage masculin, relate aussi l’histoire de Julie et je trouve intéressant d’avoir deux perspectives sur les même événements.

Mais comment s’organise l’histoire ? Julie Prentice, son mari Daniel et leurs jumeaux de six ans quittent tout du jour au lendemain pour emménager dans une banlieue tranquille de Cincinnati à cause d’une femme qui harcelait Julie après la parution de son best-seller : Le Jeu de l’assassin. Ce livre raconte comment quatre étudiants en droit s’amusent à imaginer le meurtre parfait jusqu’au jour où l’un deux le commet vraiment. Un livre qui met mal à l’aise quand on sait que Julie elle-même jouait à ce jeu avec ses amis lorsqu’elle étudiait à McGill et qu’une de leurs amis est morte.

Croyant trouver dans le quartier de Mount Adams un petit havre de paix et d’anonymat, Julie attise la curiosité de ses voisins qui ont tous lu son livre et se mettent à faire des recherches sur elle sur internet. Elle s’attire bientôt des ennuis en sympathisant avec John, le voisin marié d’en face avec qui elle va régulièrement courir. À ce tableau vient s’ajouter Cindy, la voisine névrosée qui a inventé une application de surveillance de quartier et qui prend en grippe Julie et Daniel. Mais ce qui n’aurait pu être qu’une petite querelle de voisins devient un inquiétant cas de harcèlement quand Julie recommence à recevoir des menaces. S’agit-il de leur ancienne harceleuse ou bien d’un des voisins ? Tout le suspense de ce roman psychologique vient de cette ambiance étouffante qu’arrive à créer Catherine McKenzie en faisant passer chaque personnage pour suspect potentiel. Si le recours à la double temporalité vient parfois complexifier les repères du lecteur, la double narration, qui passe de Julie à John, étoffe la multiplicité des points de vue et le sentiment que quelque chose de grave va se passer. La seule chose que l’on regrette en lisant ce livre c’est peut-être sa longueur (430 pages), car si le format permet à l’autrice d’étaler tout son talent pour tenir le lecteur en haleine, elle en oublie de nous surprendre à la hauteur de notre attente et la fin peut décevoir. Il en ressort quand même un livre qui explore avec virtuosité les limites du stalking, de notre visibilité sur les réseaux sociaux et du rapport à la vérité qui varie d’un individu à l’autre.

J’ai appris qu’il existait beaucoup de versions de la vérité. Une par personne. Mais toute la vérité ? Personne ne dit jamais toute la vérité. N’est-ce pas ?

Notons enfin que Le Jeu de l’assassin existe vraiment, Catherine McKenzie a effectivement publié The murder game sous le pseudonyme de Julie Apple. L’expérience de lecture de Les Nouveaux voisins est donc plus immersive et intéressante si l’on va jusqu’à lire The murder game (qui n’a malheureusement pas encore été traduit en français).

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Les Nouveaux voisins, Catherine McKenzie, Éditions Michel Lafon, 2017 / Version poche disponible chez J’ai Lu, 2019, 8,40€.

 

 

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